dimanche


J'ai alors compris une autre différence, majeure, qui sépare une année à l'étranger (en Angleterre dans mon cas) d'une année en France, en dehors de la sempiternelle "immersion". Ce cri ontologique, existentiel, d'expression qui n'a de cesse que d'augmenter, à force de ne pouvoir s'exprimer. 
A force de ne pouvoir plier la langue en notre propre rhétorique, de la couler jusqu'aux anfractuosités de sens les plus intimes, la presser jusqu'à exprimer en nuances pointillistes ce que nous avons à dire.
Cette pression augmentant, elle se transforme bientôt en cri ; de vouloir dire, précisément et sans concession.
Voilà, je crois, la véritable source de progrès linguistique à l'étranger.
Ces jours derniers, j'ai lu, je le confesse, un bout du chapitre "p" d'un dictionnaire bilingue ; des pages et des pages en feuilles de bibleet cette lecture était d'une fraîcheur, d'une légèreté sans précédent depuis des mois : ontologie du lexique. Chaque mot me faisait dire "mais oui!" ou "merci.".
Voilà, à mon sens, une raison suffisante pour s'intéresser au langage. Pour avoir vécu cet état d'asphyxie prolongée, je le dis : ce choc seul m'a permis de comprendre la valeur ontologique du langage, et cette compréhension a radicalement révolutionné mon regard sur les oeuvres littéraires. Je lirai un lexique, je lirai une lame, qui se fraie un chemin dans le rien, un aiguillon d'expression. Et je lirai comment le chemin est frayé.

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